L’Université de la Terre approche. Un espace de rencontres, de dialogues et d’explorations sur les défis sociétaux majeurs de notre époque. Un moment où des acteurs engagés viennent partager leur vision du monde et leurs solutions pour demain.
Alors que nous nous apprêtons à y participer à partir de l’ #EspritOff, il semble opportun de rappeler que certaines histoires ne disparaissent pas dans l’oubli. Elles se transforment. Elles nourrissent les récits collectifs. Elles deviennent des apprentissages vivants.
L’#AffaireMobion en est un exemple.
Un compostage nécessaire
Au fil du temps, ce qui aurait pu n’être qu’une histoire d’échec entrepreneurial s’est révélé être un cas d’école sur la fabrique de l’information, la responsabilité des acteurs économiques et la santé mentale dans les dynamiques d’innovation.
Nous ne sommes pas là pour pointer du doigt. Nous ne sommes pas dans l’accusation. Nous sommes dans la mémoire active.
Ce que nous retenons, c’est que certaines pratiques – pourtant dénoncées à plusieurs reprises – ont été consciemment mises sous silence.
Ce que nous retenons, c’est que les mécanismes d’invisibilisation et de déni ne sont pas des exceptions, et bien des patterns systémiques.
Ce que nous retenons, c’est que les espaces de reliance, où le questionnement et la diversité des points de vue sont encouragés, restent fragiles face aux récits dominants.
Le manque de probité et la dévalorisation du capital immatériel
L’#AffaireMobion met aussi en lumière une négligence coupable du capital immatériel.
- Les investisseurs ont été trompés, non seulement par des projections irréalistes, et aussi par un récit qui masquait des fragilités profondes.
- Le travail des contributeurs a été exploité, sans reconnaissance ni mise en valeur des connaissances et des savoir-faire développés.
- La gouvernance a ignoré les alertes, préférant entretenir une illusion plutôt que de faire face à la réalité.
Ce manque de probité ne concerne pas seulement une entreprise, mais un système où le capital immatériel – pourtant essentiel – est régulièrement sacrifié sur l’autel du storytelling et des levées de fonds.
La responsabilité de l’écosystème informationnel
Il y a aussi une responsabilité à interroger du côté de celles et ceux qui s’arrêtent à la surface des récits et participent à la propagation d’informations biaisées, voire toxiques.
Quand des signaux d’alerte sont ignorés, quand des témoignages sont balayés d’un revers de main, quand les médias et certains acteurs économiques amplifient des discours sans les interroger, ils participent à la perpétuation de modèles défaillants.
Nous avons vu combien les récits dominants peuvent écraser la complexité. Combien il est difficile d’amener de la nuance, de poser des questions dérangeantes, de faire exister un contre-récit.
Et pourtant, c’est essentiel.
Parce qu’une information mal traitée a des conséquences réelles.
Parce que les récits façonnent nos imaginaires et nos prises de décision.
Parce que les discours toxiques fragilisent les personnes engagées et détruisent des écosystèmes entiers.
Une justice qui tarde et une responsabilité collective
Près de quatre mois après la liquidation, les parties prenantes n’ont toujours aucune nouvelle. La justice, pourtant saisie, n’avance pas. Pendant ce temps, le site internet de l’entreprise est toujours en ligne et les réseaux sociaux figés dans un état de silence.
Dans les moments où certains tentaient d’alerter, nous avons souvent entendu « Laissons faire la justice » – un moyen commode de dire « Je ne peux prendre position ».
a justice, aussi essentielle soit-elle, n’est pas suffisante. Elle agit dans des cadres souvent rigides, avec des temporalités qui ne répondent pas à l’urgence des faits sociaux et économiques. Il arrive même que la justice soit sous influence.
Ce qui est en jeu ici, c’est notre responsabilité personnelle et collective. Nous sommes tous sollicités pour faire émerger une éthique collective, où l’on ne se cache plus derrière les institutions pour éviter de prendre position face à des dérives évidentes.
De l’expérience à la transformation
Aujourd’hui, l’#EspritOff et la Démarche #CodeSocial (#D#CS) ont gagné en robustesse.
- Nous avons traversé des situations complexes sans perdre notre cap : créer un territoire de confiance où l’on peut dire, penser et questionner librement.
- Nous avons développé des outils pour accueillir la parole, non pas dans un espace de victimisation, mais dans un espace de transformation consciente.
- Nous avons renforcé notre capacité collective à détecter et dénoncer les mauvaises pratiques, tout en offrant des alternatives incarnées.
La dynamique #MeTooSociétal s’inscrit dans cette continuité. Elle n’est pas qu’un espace de témoignages. Elle est un mouvement de reliance pour faire émerger un monde où la responsabilité et la justice restaurative prennent le pas sur la répétition des schémas toxiques.
L’appel à une vigilance consciente
L’Université de la Terre est un moment clé pour poser ces questions :
- Comment accueillons-nous les récits complexes, sans les instrumentaliser, et sans les oublier non plus ?
- Comment construisons-nous des espaces où la parole est possible, sans crainte de représailles, et où la diversité des expériences nourrit la résilience collective ?
- Comment développons-nous des modèles économiques qui prennent soin des humains autant que des ressources naturelles ?
Nous sommes prêts à les explorer et à les incarner.
Parce qu’on n’oublie pas.
Parce qu’on transforme.
